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Guardiola, le digne héritier

28 Mai 2009

Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître ! Un an seulement après avoir été intronisé à la tête du FC Barcelone, Josep Guardiola compte déjà trois titres à son actif, dont le plus prestigieux, la Ligue des champions, remportée mercredi face à Manchester United au terme d’une finale pleine de maîtrise. En un an, l’ancien capitaine du Barça a ramené titres et spectacle en Catalogne, s’inscrivant dans la lignée de l’icône Johan Cruyff.

La comparaison est désormais inévitable. 17 ans après la première Ligue des champions, qui s’appelait pour la dernière fois Coupe des Champions, remportée par le FC Barcelone, alors dirigé par le légendaire Johan Cruyff, le club catalan renoue non seulement avec des sommets européens, qu’il avait de nouveau atteints en 2006 au Stade de France, mais surtout avec sa culture footballistique du beau jeu, insufflée en tant que joueur puis entraîneur par le Néerlandais, incarnée aujourd'hui par celui qui, le 20 mai 1992 à Wembley, face à la Sampdoria dominée (1-0), occupait un rôle-clé au sein du premier Barça champion d’Europe, Josep Guardiola, sixième entraîneur vainqueur de la C1 après l'avoir gagnée sur le terrain (le troisième avec Barcelone après Cruyff et Rijkaard).

La Catalogne peut lui préparer une statue, tant le natif de Santpedor, petite localité située dans les terres à 70 kilomètres de la capitale de la région, aura d’ores et déjà marqué l’histoire du club. Pour sa première saison sur le banc du Barça, celui qui, la saison dernière, dirigeait l’équipe B du club, aura non seulement réussi l’exploit de signer un inédit triplé C1-Championnat-Coupe du Roi, il y aura en outre mis la manière, avec un jeu résolument tourné vers l’attaque et la confiscation du ballon. Et dire que, il y a un an, au moment de sa nomination, certains osaient ouvertement s’inquiéter du manque d’expérience de "Pep" !

Aujourd’hui, les sceptiques ont rangé leurs doutes très loin au fond des placards pour célébrer un homme, dont la méthode aura été plus que payante. Une méthode qui s’appuie en premier lieu sur une discipline de fer. Là où son prédécesseur, Frank Rijkaard, a longtemps fermé les yeux sur les frasques nocturnes et retards répétés d’un Ronaldinho, Guardiola s’est toujours montré intraitable avec ses joueurs, quel que soit leur statut dans le groupe, n’hésitant jamais, même au lendemain des célébrations consécutives à la victoire contre Bilbao en finale de la Coupe du Roi, à sanctionner financièrement ses stars (Eto’o, Xavi, Messi) pour un retard... d’une minute à l’entraînement !

Henry: "Je dois le remercier car il a été celui qui m’a convaincu de rester"

Mais résumer la méthode Guardiola au profil "Père Fouettard" du personnage serait aussi injuste que réducteur, l’intéressé, une fois débarrassé des "vers dans la pomme" catalane qu’étaient "Ronnie" ou Deco, ayant toujours accordé une grande confiance à son groupe, ce qu’il confirmait d’ailleurs après la qualification pour la finale arrachée au bout des arrêts de jeu face à Chelsea (1-1), expliquant avoir "une foi inébranlable" en ses joueurs. Thierry Henry, dont la première saison en Catalogne fut largement décriée, peut en témoigner, lui qui confiait mercredi soir à l’issue de sa première victoire dans une compétition derrière laquelle il courait depuis tant d’années: "Je dois le remercier car il a été celui qui m’a convaincu de rester." Un choix payant, puisque le Français, s’il n’a pas réalisé une grande finale, aura largement apporté son écot aux succès catalans cette saison, au sein d’un trident offensif formé avec Eto’o (que beaucoup voulaient également pousser vers la sortie en fin de saison dernière) et Messi, les trois hommes ayant inscrit 71 des 104 buts du Barça en Liga cette saison.

Des chiffres hallucinants, qui résument à eux seuls ce qu’aura été le jeu catalan depuis l’été 2008, un jeu nécessitant certes une grande discipline à tous au niveau du replacement et de la disponibilité, mais un jeu qui accorde également beaucoup de liberté individuelle à chacun d’où les montées rageuses de Puyol, proche du troisième but mercredi, les percées plein champ des inséparables et indispensables duettistes que sont Xavi et Inesta, ou encore les éclairs de génie répétés signés la plupart du temps Eto’o (voir son but face à Manchester) et Messi, les deux buteurs de la finale.

Laporta: "Comme une oeuvre d'art..."

Un coup de maître de plus pour Guardiola dont l’équipe, après dix minutes difficiles, aura parfaitement maîtrisé cette finale, confisquant le ballon à des Mancuniens qu’on aura rarement vus aussi démunis cette saison. Alex Ferguson ne s’y trompait pas, reconnaissant au coup de sifflet final la supériorité catalane: "Il faut rendre hommage à cette équipe de Barcelone. La meilleure équipe a gagné. Ils savent garder le ballon et quand ils mènent, il est très difficile de revenir. Ce doit être l'une des meilleures équipes que nous ayons rencontrées. Bravo à eux d'avoir pousser leur philosophie jusqu'au bout." Bel hommage qui ira sans doute droit au coeur d'un Guardiola revendiquant haut et fort l’héritage du "Maître" Johan Cruyff: "Nous ne sommes pas la meilleure équipe dans l'histoire du Barça, mais nous avons fait la meilleure saison. Trois titres et avec la manière. J'ai dit plusieurs fois que nous avions de la chance de compter sur l'héritage de Cruyff et Charlie Rexach. Ils sont nos pères, et nous les avons suivis."

La succession est entre de bonnes mains, le président Joan Laporta ne peut que s'en féliciter, lui qui, après la finale de Coupe du Roi remportée par son club, rendait un vibrant hommage à son entraîneur: "Nous avons été fidèles à notre conception du football, le travail de Pep Guardiola et de tous les joueurs, c'est comme une oeuvre d'art." Sur le site du Barça, les louanges se transforment en hagiographie, un billet confiant à propos du Catalan: "Il n’y a aucun doute dans le fait qu’il a changé le visage de l’équipe en à peine un an. Sa capacité à s’imposer comme un leader, à motiver les joueurs et leur faire croire en leurs possibilités, combinés à une extraordinaire faculté de travail et d’analyse technique, sont autant de facteurs, soutenus par les résultats, qui lui font prendre une place dans l’histoire du FC Barcelone et du football en général. C’étaient les mêmes vertus que nous avions décelées il y a un an et qui lui avaient valu l'opportunité de diriger l’équipe première. Ce n’était pas une décision facile, mais aujourd’hui, la famille du Barça peut se réjouir de recueillir les fruits de cette décision, et comment !" N’en jetez plus, la Coupe est pleine !

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