Octobre 2008

KURANYI, L'HOMME QUI A DIT NON

Une nouvelle fois écarté de la Nationalmannschaft lors du match qualificatif pour la Coupe du Monde 2010 face à la Russie (2-1), Kevin Kuranyi a quitté le stade de Dortmund à la mi-temps, récoltant logiquement les foudres de Joachim Löw. L’entraîneur allemand a même décidé ne plus jamais sélectionner le joueur, malgré les excuses de ce dernier, qui regardera donc le choc au sommet du groupe 4, face au Pays de Galles, à la télévision…

Les rapports entre Kevin Kuranyi et la sélection nationale allemande n’ont jamais été simples, tout comme le parcours tourmenté de cet attaquant au caractère bien trempé. Né à Rio de Janeiro en 1982 d’un père Germano-hongrois et d’une mère Panaméenne, le jeune Kevin passe sa jeunesse à Petropolis et se découvre rapidement une passion pour le football, passion qu’il accomplit au sein du FC Serrano puis au Sporting Panama à partir de 14 ans, lorsque la petite famille déménage dans le pays de sa mère.

L’un des tournants de sa vie a lieu en 1997, quand celui qui n’est encore qu’un frêle attaquant sud-américain décide de rejoindre l’Allemagne, pays d’origine de son père, pour se perfectionner dans la langue de Goethe. Et s’il n’est, logiquement, pas immédiatement séduit par le climat germanique, Kuranyi va vite s’intégrer au sein des équipes de jeunes de Stuttgart à tel point qu’il est rapidement invité à participer à un entraînement avec les professionnels. La suite est plus connue: le jeune prodige privilégie la Nationalmannschaft au détriment du Panama et s’engage dans la foulée avec le VFB.

Un égo démesuré ?

C’est le temps de la réussite et des honneurs pour celui que l’on surnomme déjà "KK", et qui explose au sein d’une séduisante équipe de Stuttgart (aux côtés des Hildebrand, Hinkel, Hleb, et autres Lahm). Après des débuts réussis en sélection et un premier but face à l’Islande en 2003, il dispute les trois matches de poule de l’Euro 2004 mais ne parvient pas à inscrire le moindre but face aux Pays-Bas, la Lettonie et la République Tchèque, alors que Rudi Völler l’a systématiquement titularisé. L’Allemagne est éliminée prématurément et Kuranyi est vivement critiqué, pour la première fois de sa jeune carrière, ce qui ne l’empêchera pas de disputer la Coupe des Confédérations l’année suivante.

Mais c’est en 2006 que quelque chose va se casser entre celui qui évolue désormais à Schalke 04 et avec la sélection nationale. Auteur d’une saison moyenne avec le club de Gelsenkirchen (9 buts en 30 matches, son plus bas total depuis 2002), il n’est pas retenu par Jürgen Klinsmann pour disputer cette Coupe du Monde à domicile, autant pour son état de forme qu’à cause de son égo, supposé démesuré, qui ne cadrait pas avec l’état d’esprit que l’ancien Monégasque voulait insuffler à son équipe.

Et si Kuranyi est finalement rappelé lors des qualifications pour l’Euro 2008, il ne figure pas dans les petits papiers du nouveau coach, Joachim Löw, et se contente de jouer les utilités, derrière Klose, Podolski ou Gomez, même s’il s’offre deux réalisations très importantes face aux Tchèques. Il ne sera pourtant jamais titularisé lors du championnat d’Europe, disputant des bouts de match avant de jouer une demi-heure lors de la finale perdue face à l’Espagne (1-0), récoltant un carton jaune au passage. L’après-Euro est de la même veine pour le natif de Rio qui dispute une mi-temps en amical face à la Belgique, fin août, avant de jouer le dernier quart d’heure du premier match qualificatif pour la Coupe du Monde 2010 face au Lichtenstein (6-0).

Kuranyi: "Je ne pouvais plus supporter ce qui s'est passé ces dernières années"

Non utilisé en Finlande, il est de nouveau écarté face à la Russie, pour des raisons encores indéterminées. C’est là qu’il craque. Installé dans les tribunes du Westfalenstadion au milieu des autres joueurs non retenus dans le groupe des 18, Kuranyi quitte le stade à la mi-temps, sans prévenir personne. La réaction de Löw ne se fait pas attendre. "Je ne peux pas accepter la réaction de Kevin et je ne le sélectionnerai plus jamais en équipe nationale, a fait savoir le sélectionneur. Nous sommes tous étonnés, cela a été une surprise pour nous tous."

Andreas Muller, l’entraîneur de Schalke, apporte un autre éclairage à l’affaire. "C’est la troisième fois que Kevin subit une déception majeure avec l’équipe nationale, explique le vainqueur de la Coupe de l’UEFA 1997. Il a été injustement écarté de l’équipe avant la Coupe du Monde 2006, il s’est battu pour regagner sa place et a inscrit deux buts essentiels pour la qualification à l’Euro face à la République tchèque et il n’y a quasiment pas joué alors que certains joueurs étaient hors de forme ! Et maintenant, il est écarté d’un match très important face à la Russie… C’était vraiment trop pour lui."

Après un week-end de réflexion, l’intéressé se décide finalement à s’excuser. "J’ai eu tort de partir si tôt, a déclaré Kuranyi en conférence de presse, devant une centaine de journalistes. Je me suis excusé pour ce que j’ai fait mais il n’y a pas vraiment la possibilité de remettre les choses en ordre. Après, c’est vrai que je suis parti parce que je ne pouvais plus supporter ce qui s'est passé ces dernières années (…) Quant à un retour en sélection, c'est pour l'instant hypothétique, l’important est que je réalise de bonnes performances." Et si l’ancien adjoint de "Klinsie" a bien accepté les excuses de Kuranyi, il a d’ores et déjà déclaré qu’il ne reviendrait pas sur sa décision et qu’il se passerait donc, dès le match au sommet du groupe 4 face au Pays de Galles (deuxième à un point de l'Allemagne), des services du buteur de Schalke dont le compteur restera peut-être éternellement bloqué à 19 réalisations en 52 sélections…