Avril 2008

PERRIN PASSERA-T-IL L'ETE

Alors que l’Olympique Lyonnais reste en course pour réaliser le doublé Coupe-Championnat, l’avenir d’Alain Perrin à la tête de l’équipe professionnelle demeure incertain. Il faut dire que les dernières prestations des Rhodaniens ne sont pas forcément un «bon argument de vente» pour l’ancien Sochalien qui ne semble en outre pas bénéficier d’un soutien unanime au sein du club. Reste que, avant la 34e journée qui mène l'OL à Strasbourg, l’intéressé fait mine de ne pas se soucier de son sort, se prévalant d’un contrat qui expire à la fin de la saison 2008-09.

Il a d’ores et déjà pris rendez-vous avec la presse: "Pour évoquer mon départ, revenez quand on aura perdu nos trois prochains matches de Championnat et notre demi-finale contre Sedan." Interrogé sur son avenir jeudi au cours de sa traditionnelle conférence de presse d’avant-match (l’OL joue à Strasbourg samedi soir), Alain Perrin s’en est tiré par une pirouette, se targuant au passage d’une situation sportive loin d’être catastrophique.

Après tout, l’ancien Sochalien, arrivé l’été dernier entre Saône et Rhône, n’a pour l’instant pas fait pire que ses prédécesseurs, puisque l’OL, sorti en huitièmes de finale de la Ligue des champions comme l'année dernière, reste en position de force pour conquérir une septième couronne de champion consécutive et en course pour le doublé Coupe-Championnat, le tirage au sort jeudi lui ayant offert une demi-finale de Coupe de France, à domicile face à Sedan, largement dans ses cordes.

Seulement, si l'on y regarde de plus près, il semble bien qu’il y ait quelques fritures sur la ligne entre le staff et la direction de l’OL qui n’a pas toujours manifesté un soutien total à l’égard d’Alain Perrin. On se souvient qu’en début de saison, lorsque l’OL avait particulièrement mal entamé son parcours en Ligue des champions (deux défaites 3-0 à Barcelone puis à Gerland face aux Rangers), Jean-Michel Aulas avait cru bon de recadrer les choses, recevant son entraîneur pour entendre ses explications suite au revers subi face aux Ecossais. Par la suite, les Lyonnais avaient nettement redressé la barre, tant en Championnat qu’en Ligue des champions, de quoi apaiser ces tensions naissantes.

Une certaine nervosité...

Mais il a fallu que l’équipe livre trois prestations de rang bien indignes de son statut pour que ressurgissent scepticisme et critiques à l’encontre du technicien. Défaite au Vélodrome (3-1), nul face à Rennes (1-1) et poussive victoire sur Metz (1-0) mardi en quarts de finale de la Coupe de France, l’OL a dans chaque cas affiché une inhabituelle passivité défensive qui a même déclenché des sifflets dans les travées d’un stade de Gerland peu habitué ces dernières années à de telles manifestations de dépit. Après Metz, certains joueurs n’ont pas caché une certaine inquiétude quant au niveau de jeu pratiqué, des inquiétudes qu’Alain Perrin a tenu à apaiser jeudi lors de sa conférence de presse. "C’est un discours d’après match, lorsque l’on a concédé des actions à l’adversaire, que l’on a une période de doute après s’être fait remonter par Rennes dans les dernières minutes, commente-t-il sur le site du club. Moi, ce que je regarde, c’est les occasions que nous nous sommes créées contre Metz. Avec un peu plus de réussite, on aurait pu se mettre à l’abri plus tôt. On a certes concédé des occasions mais parce que Metz a joué son va-tout. En championnat, ils se seraient peut-être livrés un peu moins."

L’argument tient en partie la route, mais on peut tout de même s’étonner de la facilité avec laquelle le jeune Pjanic s’est promené au sein de la défense des Gones, tout comme on peut juger inquiétante la suffisance affichée samedi dernier par les Lyonnais en seconde période face à Rennes. "C’est navrant", avait même lâché Grégory Coupet qui, d’un arrêt monumental mardi sur un tir de Gygax, a sans doute enlevé une grosse épine du pied de son entraîneur. Quoi qu’il en dise, ce dernier ne sort pas complètement indemne de ces deux dernières semaines et nul doute qu’au plus haut niveau de l’organigramme lyonnais, se pose la question de son maintien. Dimanche dernier, au lendemain d’une petite phrase présidentielle ("Les entraîneurs sont payés très cher pour prendre les décisions qu’ils estiment devoir prendre, je ne suis pas là pour former l’équipe, mais j’ai mon avis…"), le club avait promptement réagi à l’interprétation jugée aussi erronée que négative qu’en avait faite un journaliste de L’Equipe, preuve d’une certaine nervosité autour de la question.

"J’ai encore un an de contrat avec Lyon, où je me sens bien"

Jeudi, Alain Perrin s’est à son tour élevé contre le traitement qui lui est réservé dans les médias, expliquant: "De toute façon, on ne peut pas dire que depuis le début, j’ai bénéficié d’un gros soutien médiatique…" L’intéressé a tout de même accepté d’évoquer le sujet de son avenir pour mieux défendre son bilan et son bon droit: "J’ai encore un an de contrat avec Lyon, où je me sens bien, et le président ne m’a rien dit à ce sujet, déclare-t-il dans L’Equipe datée de ce vendredi. Je considère donc que ce sont des bruits de couloir qui font vendre du papier. Moi, je fais mon job, je reste concentré sur les deux objectifs qu’il nous reste à atteindre, le titre et la Coupe. Je suis tranquille et travaille avec beaucoup de sérénité."

Une sérénité qui pourrait cependant être mise à mal en cas de nouvelle contre-performance samedi à la Meinau où Lyon peut s'attendre à un match difficile face à des Alsaciens qui jouent leur survie en Ligue 1. S’il en est conscient, Alain Perrin veut justement croire que c’est dans la difficulté que son équipe va relever la tête: "On possède encore quatre points d’avance sur Bordeaux, on a donc encore un joker mais si on le grille tout de suite, la fin de saison sera plus difficile. Le retour des Girondins nous remet la pression mais l’équipe réagit généralement bien lorsqu’elle est sous pression. S’il y a quelques doutes, c’est tant mieux parce qu’à un certain moment, c’est un peu trop de certitudes qui ont amené des contre-performances." Des certitudes, le technicien n’en a guère en ce moment, lui qui est menacé d’être l’entraîneur le plus éphémère des glorieuses années lyonnaises…